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Publi le lundi 09 octobre 2006

Lundi 09 octobre 2006
Rappel traditionnel 178 : Luthier et homme de Tradition (2)

                                 À mes frères et soeurs en Tradition

    " La lutherie réunit l'art de l'architecte et celui du charpentier, et elle demande des connaissances théoriques que ni l'une ni l'autre n'ont forcément toutes. Il faut aussi avoir des notions doctrinales très précises. Quand j'ai appris ici la géométrie descriptive, la géométrie dans l'espace, j'ai très bien vu ce dont Monge s'est inspiré, tout en en réduisant considérablement la portée. Le rabattement, par exemple, est une opération essentielle : il s'agit de faire passer une figure d'un plan dans un autre. C,est très important, car les plans n'ont pas la même valeur, et cela demande de plus un certain savoir-faire. On rencontre cela couramment. Pour élaborer une coque de luth par exemple, on passe de quelque chose de plat à une surface réglée de forme complexe. Tout cela demande de savoir pratiquer l'art du Trait.

    La liturgie nous fournit un modèle parfait des processus mis en oeuvre dans l'art du Trait avec l'exemple du calice. Le calice a une valeur de représentation universelle ; il exprime un aspect du processus créateur en langage géométrique. Le calice possède un bocal qui est la partie inférieure d'une demi-sphère ; quand le prêtre élève l'hostie avec le calice pendant la messe, on peut dire que l'hostie vient compléter et achever la sphère pour l'observateur, ce qui signifie que seul le corps du Christ rend sensible la partie supérieure, ineffable et autrement inconnaissable, de la sphère complète en tant qu'elle est la meilleure image du Dieu ineffable. Il y a une conscience des gestes liturgiques à retrouver, même de la part du clergé... Le tracé du calice est remarquable car il est le même que celui de la trompe, instrument par excellence, véritable calice sonore. Le pied du calice est le pavillon, où se manifeste le son. Le nodule du calice, image réduite, sur un plan inférieur, de la sphère du bocal, marque l'endroit où se passent des choses incompréhensibles mais efficaces. Autre exemple, la déambulation autour de l'autel est en rapport avec la tablature sur le luth considérée comme un pèlerinage des doigts du musicien à travers les niveaux de connaissance angéliques, car les neufs cases du manche du luth sont attribuées aux neuf hiérarchies angéliques. L'art du Trait établit tout cela. Chaque instrument possède son propre tracé, les proportions mises en jeu relevant d'une inspiration de l'artisan, de sorte qu'un tracé peut aboutir ou non. On n'invente rien par soi-même ; tout est révélé; c'est l'effet de la procédure et du point de vue que vous adoptez dans le métier et dont vous considérez la création en général. Ces principes sont universels et déclinables dans tous les domaines, de la liturgie aux différents métiers traditionnels.Toutes ces connaissances sont indispensables à la pratique d'un véritable métier. "

    De l'art du trait à l'art de la musique - Pratiquer et transmettre le métier de luthier. Entretien de Philippe Faure avec Luc Breton in Vivre et transmettre la Tradition Connaissance des religions # 69-70 édité par Dervy, Paris 2003

           Le travail a esté mien, le profit en soit au lecteur, à Dieu seul la gloire.

 


Par zénon • 2006-10-09 21:31:31
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